Stations de ski des Pyrénées : un modèle à réinventer

Stations de ski des Pyrénées : 44 sites en Occitanie, fréquentation en repli de 3 % en 2026, fiabilité de l'enneigement à 2 300 m en 2050. Chiffres, coûts et diversification.

Massif pyrénéen en Occitanie, illustration des enjeux économiques des stations de montagne face au recul de l'enneigement
Massif pyrénéen en Occitanie, illustration des enjeux économiques des stations de montagne face au recul de l'enneigement

Une station des Pyrénées ariégeoises ouvre trois semaines plus tard que prévu, faute de froid en novembre. Une commune des Hautes-Pyrénées vote une avance de trésorerie à sa régie de remontées mécaniques pour la troisième année consécutive. Un exploitant des Pyrénées-Orientales inaugure un parcours de vélo tout terrain en altitude et découvre qu’il ne compense pas la perte de journées-skieur. Ces trois scènes se rejouent chaque hiver dans le massif, et elles décrivent un même problème : un modèle économique construit sur une ressource dont la disponibilité recule.

Le sujet est souvent traité sous l’angle du symbole, la neige qui manque, la station qui ferme. Il mérite mieux, parce qu’il engage des vallées entières et des budgets publics considérables. La montagne occupe en Occitanie plus de la moitié de la superficie régionale et abrite plus d’un habitant sur cinq, selon la Région, qui rappelle sur sa page consacrée à la montagne en Occitanie que douze départements sur treize sont concernés en tout ou partie.

Ce dossier, à jour au août 2026, réunit les chiffres de fréquentation les plus récents, les projections d’enneigement propres au massif pyrénéen, le diagnostic financier posé par la Cour des comptes et les dispositifs mobilisables en Occitanie. Il s’adresse aux élus de montagne, aux exploitants de domaines skiables, aux socioprofessionnels du tourisme et aux porteurs de projets de diversification.

Ce que pèse réellement l’économie de la montagne en Occitanie

Le tourisme de montagne occitan repose sur 44 stations de ski et sites nordiques, complétées par 20 stations thermales et 15 espaces bien-être, selon le recensement publié par la Région dans sa présentation de la stratégie montagne quatre saisons. Cette offre se répartit sur deux massifs de nature très différente, les Pyrénées et le Massif central, qui ne partagent ni les altitudes ni les bassins de clientèle.

Le poids économique est concentré, et c’est ce qui rend le sujet sensible. Le tourisme génère 7 % de l’emploi marchand à l’échelle de l’Occitanie, soit environ 125 000 emplois en moyenne annuelle et jusqu’à 180 000 au pic de l’été. Mais dans les communes de station de ski, cette part grimpe à 36 % de l’emploi marchand, d’après l’étude de l’Insee Occitanie sur l’exposition de l’offre touristique aux fortes chaleurs. Un emploi marchand sur trois y dépend donc directement de l’activité touristique, contre un sur quatorze dans la région prise dans son ensemble.

La même étude situe les Pyrénées à 17 % de la capacité régionale en lits d’hébergements collectifs et à 20 % des lits en résidences secondaires. Ce dernier chiffre compte autant que le premier : la résidence secondaire constitue le socle de la fréquentation en station, mais elle ne génère ni recettes d’hébergement marchand ni emploi hôtelier, et son vieillissement pose un problème d’attractivité que l’exploitant du domaine ne peut pas régler seul.

La conséquence pratique est que le risque n’est pas dilué. Une station qui perd trente jours d’ouverture ne provoque pas une variation marginale du produit intérieur brut régional, mais une chute brutale de l’activité dans une vallée où les alternatives d’emploi sont rares. C’est précisément ce déséquilibre qui justifie une politique publique dédiée, plutôt qu’un traitement au fil de l’eau.

La saison d’hiver 2026 confirme un décrochage qui n’est plus météorologique

La fréquentation des stations de ski d’Occitanie a reculé de 3,0 % lors de la saison d’hiver 2026, alors même que les massifs ont reçu des chutes de neige abondantes en février. Ce décalage entre les conditions d’enneigement et la fréquentation est le fait marquant de la saison, et il invalide l’explication météorologique habituelle.

Les chiffres publiés par l’Insee dans son bilan de la saison d’hiver 2026 en Occitanie, paru le 2 juillet 2026, donnent la mesure du phénomène. La fréquentation régionale des hébergements collectifs de tourisme atteint 5,4 millions de nuitées sur la saison, en baisse de 0,8 %, quand elle progresse de 1,8 % en France métropolitaine. Dans le massif pyrénéen, la baisse atteint 3,6 % par rapport à l’hiver 2025. Dans les stations de ski proprement dites, la fréquentation s’établit à 1 053,2 milliers de nuitées, en repli de 3,0 %, avec un taux d’occupation de 53,3 %.

La décomposition par clientèle est plus instructive encore. Les nuitées des touristes résidents chutent de 7,1 % dans les stations, tandis que celles des non-résidents progressent de 19,0 %. À l’échelle régionale, les nuitées non résidentes gagnent 9,8 % et les nuitées résidentes perdent 2,9 %. Autrement dit, la clientèle française de proximité, celle qui remplit historiquement les Pyrénées, se retire, et la clientèle étrangère prend le relais sans compenser le volume perdu.

Ce mouvement s’inscrit dans la durée. La saison précédente avait déjà enregistré un recul, avec 1,086 million de nuitées dans les stations du massif et une baisse de 4,7 %, selon le bilan Insee de la saison d’hiver 2025. Deux hivers consécutifs de repli, dont un avec un enneigement correct, désignent une cause structurelle : le coût du séjour, la concurrence d’autres formes de vacances d’hiver, et l’usure d’un produit qui a peu évolué.

Pour un exploitant, cette lecture change la priorité. Améliorer la production de neige ne répond pas à une désaffection qui se manifeste malgré la neige. Le sujet devient celui du prix, du contenu du séjour et de la capacité d’hébergement rénovée.

L’enneigement pyrénéen à l’horizon 2050 : ce que disent les projections régionales

L’altitude à partir de laquelle l’enneigement reste fiable pour l’exploitation d’un domaine skiable passerait d’environ 2 000 mètres sur la période de référence 1986-2005 à environ 2 300 mètres au milieu du siècle dans les Pyrénées. Ce déplacement de 300 mètres suffit à faire basculer une grande partie des stations de basse et moyenne altitude du massif hors de leur zone de sécurité.

Ces projections proviennent du centre de ressources régional sur le changement climatique, qui publie une synthèse consacrée aux perspectives d’enneigement dans les stations pyrénéennes de sports d’hiver. Elles intègrent l’effet de la neige de culture, calculé sur une hypothèse de 30 % du domaine skiable équipé : cet équipement abaisse le seuil de fiabilité à environ 1 300 mètres sur la période de référence et à environ 1 800 mètres à l’horizon 2050. En fin de siècle, sous le scénario d’émissions le plus élevé, le seuil sans neige de culture atteindrait environ 2 750 mètres.

Un point technique de cette analyse mérite d’être relevé, parce qu’il contredit une intuition répandue. La demande en eau pour la production de neige n’augmente pas au fil du siècle dans les projections, malgré la dégradation des conditions naturelles. La raison est simple : au delà d’un certain niveau de température, la production devient impossible, et l’eau ne peut plus être utilisée. La neige de culture ne se heurte pas d’abord à une limite de ressource, mais à une limite physique de fenêtre de froid.

Les données nationales de Météo-France convergent. Dans une trajectoire à quatre degrés de réchauffement en fin de siècle, la durée d’enneigement naturel moyen tomberait sous un mois et demi à 1 800 mètres dans les Pyrénées, comme l’indique le dossier de l’établissement sur l’impact du changement climatique sur l’enneigement. L’Insee Occitanie évalue de son côté la réduction d’épaisseur du manteau neigeux en moyenne montagne entre 10 % et 40 %, dans une région où la hausse des températures atteindrait 2,6 degrés en 2050 contre 2,1 degrés pour la moyenne nationale.

Ce cadre chiffré permet de trier les situations. Une station dont le domaine se déploie majoritairement au dessus de 2 000 mètres dispose de deux à trois décennies de visibilité, à condition d’entretenir son outil. Une station dont le point culminant se situe à 1 700 mètres ne peut pas raisonnablement fonder un plan d’investissement à vingt ans sur le ski alpin. Cette distinction, plus que toute autre, devrait commander l’orientation des aides. Nous replaçons ces trajectoires dans le tableau régional complet des vulnérabilités dans notre dossier sur l’adaptation au changement climatique en Occitanie.

Le diagnostic financier de la Cour des comptes

Le modèle économique des stations de montagne françaises est jugé à bout de souffle par la Cour des comptes, qui estime qu’il est durablement affecté par le changement climatique et que les politiques publiques d’adaptation restent en deçà des enjeux. Ce constat, sévère, structure aujourd’hui le débat sur le financement du secteur.

Le rapport public thématique consacré aux stations de montagne face au changement climatique, publié le 6 février 2024, s’appuie sur le contrôle de 42 stations réparties entre les Alpes, les Pyrénées, le Massif central et le Jura, complété par une base statistique de 200 stations. Il rappelle que la France se situe au deuxième rang mondial du tourisme d’hiver, avec 53,9 millions de journées-skieur, un volume qui masque une forte hétérogénéité entre grands domaines rentables et petites structures sous perfusion.

La dépendance aux fonds publics est le point le plus documenté. Pour de nombreuses petites stations, les subventions publiques représentent entre 23 % et 28 % du chiffre d’affaires des remontées mécaniques, selon la synthèse du rapport reprise par la Banque des Territoires, qui relève par ailleurs l’existence de près de deux cents installations à l’arrêt et non démontées à l’échelle des massifs français. Ces friches d’altitude constituent un passif environnemental et financier rarement provisionné.

Les six recommandations de la Cour dessinent une méthode transposable au massif pyrénéen. Elles conditionnent le versement des aides publiques à l’élaboration d’un plan d’adaptation, portent la gouvernance au dessus de l’échelon communal, organisent la coordination entre acteurs, orientent l’offre vers les quatre saisons, imposent le démontage des installations obsolètes et proposent un mécanisme de solidarité financière pour les stations les plus exposées.

Cette dernière proposition est la plus discutée, parce qu’elle revient à organiser une redistribution des grandes stations vers celles qui doivent sortir du ski. Elle a le mérite de nommer ce que le secteur évite : certaines fermetures sont inévitables, et leur coût social sera d’autant plus lourd qu’elles seront tardives et non préparées.

La diversification quatre saisons : ce qui fonctionne et ce que cela coûte

La diversification vers un modèle quatre saisons est la seule stratégie disponible pour les stations de basse et moyenne altitude, mais elle ne reproduit pas l’économie du ski. Une journée de randonnée, de vélo de montagne ou de baignade en lac génère une dépense par visiteur nettement inférieure à une journée de ski, et elle mobilise moins d’emplois par euro de chiffre d’affaires.

La Région Occitanie a fait de cette orientation le cœur de sa stratégie montagne, en s’appuyant sur trois outils créés pour le massif. La Compagnie des Pyrénées, société d’économie mixte réunissant les régions Occitanie et Nouvelle-Aquitaine, la Banque des Territoires et les départements pyrénéens, intervient au capital des sociétés d’exploitation et accompagne les projets d’investissement comme de diversification. La Foncière des Pyrénées porte des opérations immobilières touristiques, notamment la modernisation d’hébergements vieillissants. L’Agence des Pyrénées apporte l’ingénierie de projet et la valorisation du patrimoine naturel.

Les leviers de diversification se hiérarchisent par intensité capitalistique, et l’ordre est presque toujours le même.

LevierInvestissementSaison couverteEffet sur l’emploi
Randonnée et itinérance accompagnéeFaiblePrintemps à automneEmplois d’encadrement dispersés
Accueil de piétons en altitude par remontéeFaible à moyenÉté et arrière-saisonProlonge l’emploi existant
Vélo de montagne et bike parkMoyenMai à octobreSaisonniers qualifiés
Thermalisme et bien-êtreÉlevéToute l’annéeEmplois permanents
Rénovation du parc d’hébergementTrès élevéToute l’annéeStructurant, effet différé

L’accueil de piétons en altitude constitue le point d’entrée le plus rentable, parce qu’il utilise une remontée déjà amortie et allonge la période d’exploitation sans investissement neuf. Le thermalisme et le bien-être offrent en revanche la meilleure réponse à la saisonnalité, avec des emplois permanents plutôt que saisonniers, ce qui explique l’attention portée aux vingt stations thermales régionales.

La rénovation du parc d’hébergement reste le chantier décisif et le plus négligé. Une station dont les logements datent des années 1970 perd de la clientèle indépendamment de la neige, et aucune diversification d’activité ne rattrape un produit d’hébergement obsolète. Ce volet rejoint les enjeux plus larges de la rénovation énergétique du bâtiment en Occitanie, avec une difficulté supplémentaire : la copropriété de montagne, souvent éclatée entre des centaines de propriétaires occasionnels, décide lentement.

L’accès reste enfin un facteur sous-estimé. Une part croissante de la clientèle urbaine renonce au séjour en montagne faute d’alternative crédible à la voiture, et les stations desservies par une gare ou une navette organisée conservent un avantage mesurable. Les dessertes du réseau régional, détaillées dans notre dossier sur le train et les mobilités liO en Occitanie, constituent à ce titre un actif touristique autant qu’un service public.

L’eau et la neige de culture, un arbitrage régional

La production de neige de culture consomme une ressource déjà tendue en Occitanie, et son extension se heurte désormais à un arbitrage d’usage plutôt qu’à un obstacle technique. Le prélèvement s’effectue en début d’hiver, période de recharge des nappes et des retenues, ce qui place les stations en concurrence directe avec les usages agricoles et l’alimentation en eau potable des vallées.

L’ordre de grandeur régional mérite d’être rappelé pour éviter les caricatures. La neige de culture pèse peu dans le bilan hydrique global d’un bassin comparé à l’irrigation, et l’eau prélevée retourne au milieu à la fonte, avec un décalage saisonnier. La difficulté ne porte donc pas sur le volume annuel mais sur la concentration du prélèvement à un moment où la ressource est la plus surveillée, et sur la multiplication des retenues collinaires qui modifient localement les écoulements.

Cet arbitrage se règle à l’échelle du bassin versant, dans le cadre des instances de gestion que nous décrivons dans notre dossier sur la gestion de l’eau et la sécheresse en Occitanie. Une station qui engage un projet d’extension de son réseau de production sans avoir sécurisé son autorisation de prélèvement sur la durée d’amortissement prend un risque financier réel, indépendamment du climat.

Le portail national dédié à l’adaptation des territoires de montagne rappelle par ailleurs la fonction de château d’eau du manteau neigeux, dont la fonte progressive soutient le débit des cours d’eau au printemps et en été. Toute réflexion sur la neige en Pyrénées engage donc aussi la production hydroélectrique et l’agriculture d’aval, deux sujets traités dans nos analyses sur l’hydroélectricité en Occitanie et sur les filières agricoles régionales.

Financer la transition : les guichets mobilisables

Le financement de la transition des stations occitanes s’organise en quatre étages, et l’erreur la plus fréquente consiste à solliciter le mauvais guichet au mauvais stade du projet. La règle générale est que l’ingénierie se finance avant l’investissement, et qu’un projet sans étude préalable solide échoue au moment de l’instruction.

Le premier étage est régional. La Région Occitanie a porté un programme d’investissement de plus de 800 millions d’euros sur la période 2018-2025 au titre de sa politique montagne, complété par les interventions en capital de la Compagnie des Pyrénées et par les opérations immobilières de la Foncière des Pyrénées. Ce niveau finance les équipements structurants et l’accompagnement des sociétés d’exploitation.

Le deuxième étage est national, avec le plan Avenir Montagnes, qui associe un volet ingénierie porté par l’Agence nationale de la cohésion des territoires et un volet investissement cofinancé par l’État et les régions. Plusieurs territoires pyrénéens d’Occitanie en bénéficient, du pays des Nestes dans les Hautes-Pyrénées au territoire de la Cerdagne, du Capcir et du Haut-Conflent dans les Pyrénées-Orientales, en passant par les Pyrénées haut-garonnaises et l’Ariège.

Le troisième étage relève des dispositifs de droit commun de la transition écologique. Le fonds vert pour les collectivités finance la renaturation, la rénovation des bâtiments publics et le recyclage foncier, y compris le démantèlement d’installations obsolètes. Les fonds européens du programme FEDER Occitanie soutiennent les projets d’adaptation, de mobilité et de valorisation patrimoniale dans les zones de montagne, avec des taux d’intervention souvent plus favorables sur ces territoires.

Le quatrième étage est départemental et intercommunal, et c’est celui qui bouge le plus depuis deux ans. L’Ariège a ainsi créé en septembre 2025 un syndicat mixte réunissant les communautés de communes de Haute-Ariège, du Pays d’Olmes et du Couserans, la commune d’Ax-les-Thermes, le département et la Région, chargé de piloter une stratégie unique de transition pour l’ensemble des stations du territoire. Ce type de structuration répond directement à la recommandation de la Cour des comptes sur le dépassement de l’échelon communal.

Les emplois saisonniers, variable d’ajustement à sécuriser

La saisonnalité de l’emploi constitue le point de rupture sociale du modèle, et la diversification ne la résout que partiellement. Un domaine skiable emploie l’essentiel de ses effectifs sur quatre à cinq mois, avec des contrats courts, un logement difficile à trouver sur place et une pluriactivité de plus en plus mal supportée par les salariés.

L’allongement de la saison par les activités d’été améliore la situation sans la transformer. Un poste d’encadrement en vélo de montagne ou en randonnée reste saisonnier, avec une rémunération généralement inférieure à celle d’un poste de remontées mécaniques, et il ne couvre ni l’automne ni le printemps. Seules les activités permanentes, thermalisme, hébergement ouvert à l’année, services aux résidents, produisent de l’emploi stable.

Le logement des saisonniers pèse autant que le contrat. Dans des communes où la résidence secondaire capte l’essentiel du parc, l’accès au logement conditionne la capacité à recruter, et plusieurs stations pyrénéennes déclarent des postes non pourvus faute de solution d’hébergement. Les opérations immobilières portées à l’échelle du massif visent en partie cette difficulté, mais leur effet ne se mesurera pas avant plusieurs saisons.

La question des compétences se pose enfin dans les mêmes termes que dans le reste de la transition régionale. Les métiers de la maintenance d’installations, de l’accompagnement en milieu naturel et de la gestion des milieux montagnards recrutent, avec des besoins de formation que nous détaillons dans notre analyse des emplois verts et de la formation en Occitanie.

Questions fréquentes

Une station de basse altitude peut-elle encore investir dans le ski ?

Elle peut investir dans la maintenance et la sécurité de son outil existant, mais elle prend un risque élevé à engager un équipement neuf amorti sur vingt ou trente ans. Les projections régionales placent l’altitude de fiabilité de l’enneigement autour de 2 300 mètres en 2050, y compris avec une part de neige de culture. Une station dont le domaine culmine sous 1 800 mètres devrait donc raisonner en durée d’exploitation résiduelle, provisionner le démantèlement de ses installations et réorienter la part principale de son investissement vers des activités indépendantes de la neige. La Cour des comptes va dans ce sens en recommandant de conditionner l’aide publique à un plan d’adaptation.

Le tourisme d’été peut-il compenser la perte des recettes du ski ?

Rarement à l’euro près. La dépense moyenne par visiteur est inférieure en été, la durée de séjour souvent plus courte, et la clientèle plus dispersée sur le territoire, ce qui réduit la captation par la station elle-même. Une diversification bien conduite change surtout la structure du risque : elle répartit le chiffre d’affaires sur plusieurs saisons et plusieurs aléas, ce qui rend l’exploitation moins volatile même si le total reste inférieur. Les stations qui s’en sortent le mieux combinent une activité d’été à faible investissement, un équipement permanent de type thermal ou aquatique, et un parc d’hébergement rénové capable d’accueillir hors vacances scolaires.

Pourquoi la fréquentation baisse-t-elle même quand il neige ?

Parce que la contrainte principale n’est plus l’enneigement mais le pouvoir d’achat et la qualité du produit. L’hiver 2026 l’illustre : les massifs ont reçu des chutes de neige abondantes en février, et la fréquentation des stations occitanes a tout de même reculé de 3,0 %, avec une baisse de 7,1 % chez les touristes résidents. Le coût global d’un séjour au ski, hébergement, forfait, matériel et transport compris, a progressé plus vite que le revenu disponible d’une partie de la clientèle familiale. La progression de 19,0 % des nuitées non résidentes montre par ailleurs un report vers une clientèle internationale au budget différent, insuffisant à ce stade pour compenser le volume.

Quelles données suivre pour piloter une station aujourd’hui ?

Quatre indicateurs suffisent à qualifier une trajectoire. Le nombre de journées-skieur rapporté à la capacité théorique du domaine mesure l’utilisation réelle de l’outil. La part du chiffre d’affaires réalisée hors saison d’hiver mesure l’avancement de la diversification. Le taux d’occupation du parc d’hébergement marchand, publié chaque saison par l’Insee à l’échelle du massif, situe la station par rapport à la moyenne régionale, qui s’établissait à 53,3 % dans les stations de ski en 2026. Le montant des concours publics rapporté au chiffre d’affaires des remontées, enfin, indique le degré de dépendance : au delà du quart, seuil observé par la Cour des comptes dans de nombreuses petites stations, la question de la soutenabilité est posée.

Ce que la prochaine décennie va trancher

Les Pyrénées ne sortiront pas du ski en bloc, et l’idée d’une extinction générale des stations ne correspond ni aux projections d’enneigement ni à la géographie du massif. Les domaines d’altitude conservent une exploitation viable sur plusieurs décennies, à condition d’entretenir leur outil et de rénover leur hébergement. Le sujet réel porte sur la vingtaine de sites de basse et moyenne altitude pour lesquels chaque hiver supplémentaire coûte plus qu’il ne rapporte.

Pour ces sites, l’alternative se réduit à deux voies. La première consiste à préparer une sortie ordonnée du ski alpin, avec un calendrier, une reconversion des emplois, un provisionnement du démantèlement et un projet de territoire qui ne dépend plus de la remontée mécanique. La seconde consiste à repousser la décision saison après saison au moyen d’avances de trésorerie communales, jusqu’à ce que la fermeture s’impose sans préparation. La différence entre les deux ne se mesure pas en euros de subvention mais en années d’anticipation.

Les conditions d’une transition réussie sont désormais bien identifiées : une gouvernance à l’échelle de la vallée plutôt que de la commune, un diagnostic climatique et financier honnête, une diversification qui commence par les leviers peu coûteux, et une rénovation du parc d’hébergement engagée sans attendre. Ces principes rejoignent ceux que nous exposons dans notre dossier sur le tourisme durable en Occitanie, dont la montagne constitue le cas le plus avancé et le plus contraint. Les autres analyses régionales sur ces sujets sont rassemblées dans notre rubrique transition écologique.

Questions fréquentes

Combien de stations de ski compte l'Occitanie ?

La Région Occitanie recense 44 stations de ski et sites nordiques sur ses deux massifs, les Pyrénées et le Massif central, auxquels s'ajoutent 20 stations thermales et 15 espaces bien-être. Cet ensemble constitue l'offre de montagne régionale au sens large, et c'est à cette échelle que se joue la diversification : les stations les plus fragiles sont rarement celles qui peuvent s'en sortir seules par le ski, mais elles se trouvent souvent à proximité d'un site thermal, d'un lac ou d'un itinéraire de randonnée qui élargit la saison.

Quelle part de l'économie locale dépend du ski dans les Pyrénées ?

Dans les communes de station de ski, le tourisme génère 36 % de l'emploi marchand selon l'Insee Occitanie, contre 7 % à l'échelle de la région entière. Les Pyrénées concentrent par ailleurs 17 % des lits d'hébergements collectifs touristiques régionaux et 20 % des lits en résidences secondaires. Cette concentration explique pourquoi une saison manquée ne se traduit pas seulement par une perte de chiffre d'affaires pour l'exploitant des remontées, mais par un choc sur les commerces, l'hébergement, l'école de ski et les recettes des communes.

La neige de culture peut-elle sauver les stations pyrénéennes ?

Elle repousse l'échéance sans la supprimer. Les projections régionales situent l'altitude de fiabilité de l'enneigement autour de 2 000 mètres sur la période 1986-2005 et autour de 2 300 mètres au milieu du siècle. L'équipement en neige de culture, calculé sur une hypothèse de 30 % du domaine skiable couvert, abaisse ce seuil à environ 1 300 mètres en référence et 1 800 mètres à l'horizon 2050. L'apport est réel, mais il suppose de l'eau disponible en début d'hiver, des températures suffisamment basses pour produire, et un investissement lourd amorti sur des durées qui dépassent l'horizon de visibilité climatique.

Qui finance la transition des stations de montagne en Occitanie ?

Le financement est empilé. La Région Occitanie pilote une politique montagne dotée de plus de 800 millions d'euros d'investissement sur la période 2018-2025, et s'appuie sur trois outils dédiés au massif : la Compagnie des Pyrénées pour l'investissement dans les sociétés d'exploitation, la Foncière des Pyrénées pour l'immobilier touristique et l'Agence des Pyrénées pour l'ingénierie de projet. L'État intervient par le plan Avenir Montagnes, en ingénierie et en investissement. Les départements et les intercommunalités complètent, comme en Ariège avec la création d'un syndicat mixte dédié aux stations. Les fonds européens et le fonds vert financent les volets adaptation et rénovation.

Sources citées

  1. https://www.insee.fr/fr/statistiques/9011130
  2. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8287362
  3. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8592999
  4. https://crocc.reco-occitanie.org/perspectives-denneigement-dans-les-stations-pyreneennes-de-sports-dhiver/
  5. https://www.ccomptes.fr/fr/publications/les-stations-de-montagne-face-au-changement-climatique
  6. https://www.banquedesterritoires.fr/stations-de-ski-la-cour-des-comptes-pour-un-fonds-dadaptation-au-changement-climatique
  7. https://www.laregion.fr/Prendre-les-chemins-d-une-montagne-quatre-saisons
  8. https://www.laregion.fr/La-montagne-en-Occitanie
  9. https://meteofrance.com/le-changement-climatique/quel-climat-futur/changement-climatique-quel-impact-sur-lenneigement
  10. https://www.adaptation-changement-climatique.gouv.fr/dossiers-thematiques/milieux/montagne