L’Occitanie figure parmi les régions françaises les plus ensoleillées, avec une durée d’ensoleillement annuelle dépassant 2 200 heures dans les départements du Gard, de l’Hérault ou des Pyrénées-Orientales. Cette ressource solaire abondante représente un atout considérable pour la transition énergétique régionale. Pourtant, son exploitation via des centrales photovoltaïques au sol se heurte souvent à la pression foncière et à la nécessaire préservation des terres agricoles. L’agrivoltaïsme propose une voie de conciliation : installer des panneaux solaires au-dessus ou entre les cultures pour produire de l’énergie tout en maintenant l’activité agricole sur la même parcelle.
Depuis l’adoption de la loi d’accélération des énergies renouvelables en mars 2023 et son décret d’application d’avril 2024, ce modèle dispose enfin d’un cadre juridique clair en France. En Occitanie, la Région et l’AREC (Agence Régionale Énergie-Climat) accompagnent les porteurs de projets pour accélérer la décarbonation du secteur agricole tout en sécurisant les revenus des exploitants. Le chemin reste cependant exigeant sur les plans technique, économique et réglementaire.
Un cadre réglementaire enfin stabilisé
Pendant plusieurs années, l’agrivoltaïsme a évolué dans un flou juridique nuisible à son développement. La loi n° 2023-175 du 10 mars 2023 relative à l’accélération de la production d’énergies renouvelables a posé une première définition légale. Elle distingue clairement l’agrivoltaïsme des centrales solaires au sol à vocation purement énergétique, en exigeant que l’installation photovoltaïque apporte un « service direct » à la production agricole.
Le décret n° 2024-318 du 8 avril 2024 est venu préciser ces critères. Un système agrivoltaïque doit remplir au moins une des quatre conditions suivantes : améliorer le potentiel agronomique de la parcelle, adapter la production aux aléas climatiques (gel, grêle, sécheresse), protéger les cultures, ou améliorer le bien-être animal. En parallèle, la production agricole doit demeurer l’activité principale, mesurée notamment par la surface effective dédiée à l’agriculture sur la parcelle.
Ce cadre s’applique directement aux projets instruits par la DREAL Occitanie, qui analyse les demandes de permis de construire et les évaluations environnementales des installations de grande taille. Les porteurs de projets doivent désormais fournir un plan de suivi agronomique sur toute la durée de vie de l’installation, généralement 30 à 40 ans. Sans ce plan, le dossier est irrecevable.
Les enjeux spécifiques à l’Occitanie
L’agriculture occitane se caractérise par une grande diversité : viticulture dans l’Hérault et l’Aude, maraîchage dans le Gard et les Pyrénées-Orientales, grandes cultures céréalières en Haute-Garonne et dans le Gers, élevage ovin dans l’Aveyron et la Lozère. Cette diversité crée autant de contextes d’application distincts pour l’agrivoltaïsme.
Face au changement climatique, la région connaît des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents et intenses. Selon Météo-France, les températures moyennes en Occitanie ont augmenté d’environ 1,5 degré Celsius depuis le milieu du XXe siècle, avec une accentuation marquée des pics de chaleur estivaux. Dans ce contexte, les ombrières agrivoltaïques présentent un intérêt agronomique direct : elles réduisent l’évapotranspiration et peuvent, selon la conception retenue, diminuer les besoins en eau d’irrigation de 20 à 60 % d’après les premiers résultats d’essais en viticulture conduits en Occitanie. L’ADEME situe l’économie d’eau plus prudemment entre 20 et 30 % dans ses estimations nationales, une fourchette qui reflète la grande variabilité selon le type de culture et le système de panneaux.
Pour les viticulteurs, les résultats des premières expérimentations françaises et européennes montrent que l’ombrage partiel peut retarder la maturité des raisins, permettant de mieux gérer l’augmentation des taux de sucre et la baisse d’acidité liées aux étés caniculaires. Le Languedoc-Roussillon, dont les vins souffrent parfois de surmaturité, figure parmi les terrains d’application les plus prometteurs. Ces dynamiques s’inscrivent dans le cadre plus large de l’agriculture durable et de l’agroécologie en Occitanie, que nous détaillons dans un dossier dédié.
Les projets pilotes dans la région
Plusieurs installations agrivoltaïques ont été lancées ou sont en phase d’instruction en Occitanie ces dernières années. Sans prétendre à l’exhaustivité, on peut mentionner des expérimentations sur vignes dans l’Hérault, sur maraîchage dans les Pyrénées-Orientales et sur prairies d’élevage en Aveyron.
| Type de culture | Département concerné | Intérêt principal | Statut |
|---|---|---|---|
| Viticulture | Hérault, Aude | Régulation thermique, retard de maturité | Expérimentation et projets CRE |
| Maraîchage | Gard, Pyrénées-Orientales | Protection grêle, réduction eau | Pilotes en cours |
| Prairies d’élevage ovin | Aveyron, Lozère | Ombrage troupeaux, revenus complémentaires | Dossiers en instruction |
| Grandes cultures | Haute-Garonne, Gers | Limité : compatibilité plus complexe | Projets rares |
L’AREC Occitanie joue un rôle d’accompagnement et de mise en réseau des acteurs. Dans le cadre de la stratégie REPOS (Région à Énergie Positive), qui fixe un objectif de 100 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2050, l’agrivoltaïsme est identifié comme un levier complémentaire aux installations solaires classiques, permettant de développer des capacités supplémentaires sans consommer de nouvelles terres agricoles.
La Région Occitanie a soutenu des appels à projets dans le cadre de son Plan Climat, ciblant notamment les exploitations souhaitant s’engager dans une double production agricole et énergétique. Ces dispositifs s’articulent avec les financements nationaux, en particulier les appels d’offres lancés par la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) qui proposent un tarif d’achat garanti pour l’électricité produite pendant vingt ans.
Financement et modèles économiques
Le montage financier d’un projet agrivoltaïque est généralement plus complexe que celui d’une centrale solaire au sol classique. Les coûts d’installation sont plus élevés (structures sur piliers, capteurs mobiles dans certains cas, suivi agronomique obligatoire) et les délais d’instruction plus longs du fait des exigences réglementaires renforcées.
Plusieurs leviers de financement existent pour les porteurs de projets en Occitanie, dans le cadre de la transition énergétique régionale. Les appels d’offres CRE agrivoltaïques garantissent un prix de vente de l’électricité pendant 20 ans, ce qui sécurise le plan de financement. Bpifrance propose également des prêts verts et des garanties pour les projets d’investissement combinant modernisation agricole et production d’énergie renouvelable.
Le plan France 2030, dans ses volets dédiés à la décarbonation de l’industrie et à la modernisation agricole, peut contribuer au financement de certaines installations. Les collectivités locales, notamment les communes et intercommunalités d’Occitanie, peuvent entrer au capital de sociétés de projet via des outils de financement participatif, dans le cadre des dispositions de la loi ENR de 2023 favorisant le partage de la valeur avec les territoires d’implantation.
Pour les agriculteurs, deux modèles économiques coexistent. Dans le premier, l’exploitant reste propriétaire de l’installation et perçoit directement les revenus de la vente d’électricité, en complément de ses revenus agricoles. Dans le second, un développeur tiers loue la parcelle ou installe des équipements en contrepartie d’un loyer versé à l’agriculteur. Ce dernier modèle nécessite moins d’investissement initial mais génère des revenus inférieurs sur la durée. Pour un panorama des aides mobilisables, voir notre guide des financements verts en Occitanie.
Limites et points de vigilance
L’enthousiasme autour de l’agrivoltaïsme ne doit pas occulter les risques réels de ce modèle. Le premier écueil est l’effet d’aubaine : des projets présentés comme agrivoltaïques pourraient, en pratique, marginaliser l’activité agricole pour maximiser la production électrique. Le décret de 2024 et le suivi agronomique obligatoire visent à prévenir ce dévoiement, mais la vigilance des services instructeurs et des organisations professionnelles agricoles reste indispensable.
Le second point de vigilance concerne la restitution des terres à l’issue de la durée de vie des installations. Les exploitants et les collectivités doivent s’assurer que les contrats prévoient explicitement le démantèlement et la remise en état des parcelles, conformément aux obligations légales. La DREAL Occitanie intègre ces exigences dans l’instruction des dossiers relevant du régime des installations classées.
Enfin, l’acceptabilité sociale des projets constitue un enjeu réel. Certaines installations de grande envergure ont suscité des oppositions locales liées à leur impact paysager, en particulier dans des zones à forte valeur patrimoniale comme les AOC viticoles. Une concertation précoce avec les acteurs du territoire, encouragée par la loi ENR de 2023, est indispensable pour construire des projets partagés et durables.
Ces enjeux rejoignent les réflexions menées dans le cadre de l’économie circulaire appliquée aux ressources locales, qui cherche à valoriser les flux d’énergie et de matière à l’échelle des territoires sans en dégrader le tissu productif.
Perspectives pour la décennie à venir
L’agrivoltaïsme en Occitanie est encore dans une phase de structuration. Les projets opérationnels restent peu nombreux au regard du potentiel identifié, mais la dynamique réglementaire et les soutiens publics créent des conditions favorables à une montée en puissance progressive.
L’enjeu des prochaines années sera de passer du stade expérimental à un déploiement à plus grande échelle, en garantissant la compatibilité avec les cahiers des charges des appellations d’origine contrôlée, en formant les conseillers agricoles à ces nouvelles configurations, et en renforçant le suivi scientifique des impacts agronomiques à long terme.
L’AREC Occitanie et les Chambres d’agriculture régionales travaillent à la constitution d’un référentiel régional qui orientera les porteurs de projets vers les configurations les mieux adaptées à chaque contexte pédoclimatique. Ce travail de capitalisation, encore en cours, sera déterminant pour la crédibilité et la durabilité de l’agrivoltaïsme comme composante des énergies renouvelables en Occitanie.